Plan d'investissement : ce que les économistes préconisent

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Nourrir la dynamique de la reprise et « bâtir la France de 2030 » en faisant émerger dans notre pays et en Europe les champions de demain. En fin de semaine dernière, Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, a remis à Emmanuel Macron une note qui doit servir à donner corps à ce futur plan d'investissement annoncé par le chef de l'Etat lors de son allocution de 12 juillet.

A la différence du plan de relance de 100 milliards d'euros qui mêlait des mesures de nature variée (baisse des impôts de production, aides à la décarbonation, Ségur de la santé, voire des mesures plus surprenantes comme le plantage de haies, etc.), ce nouveau dispositif sera ciblé sur quelques secteurs porteurs d'avenir : les semi-conducteurs, les biotechnologies et la santé, les batteries, l'hydrogène ou la décarbonation de l'industrie. Une première estimation de l'enveloppe consacrée a filtré - de 20 à 30 milliards d'euros sur cinq ans -, mais il faudra attendre la rentrée pour avoir une réelle idée des contours financiers et des modalités.

Si de nombreuses inconnues subsistent, tous les économistes saluent déjà l'initiative. « Pendant longtemps, la question productive n'a pas été considérée comme une question centrale en France. Je constate avec plaisir qu'elle redevient d'actualité », lance Elie Cohen, économiste au CNRS qui voit dans ce plan « la volonté de mettre l'Europe en position de compétitivité avantageuse face à la Chine et aux Etats-Unis ».

« Avoir un plan à 20 ou 30 milliards pour faire émerger le tissu productif de demain est inespéré », abonde Vincent Charlet à la Fabrique de l'industrie.

Donner l'initiative aux entreprises

La question du champ et de la méthode est cependant posée. « L'idée est de définir des verticales et d'investir plus d'argent sur les technologies de rupture », note Ludovic Subran. Selon le chef économiste du groupe Allianz, le programme d'investissement d'avenir (PIA) pourrait être un véhicule de réalisation de ce projet.

Mais Patrick Artus, de Natixis, insiste sur un point. « Il faut éviter une organisation où l'Etat déciderait de façon verticale des investissements à réaliser. L'initiative doit venir des entreprises, comme aux Etats-Unis », martèle-t-il. Les projets retenus bénéficieraient ainsi de l'effet de levier de la coopération entre le public et le privé. De quoi faire taire les critiques de ceux qui jugent insuffisante l'enveloppe envisagée par l'exécutif ?

Débat autour du montant de l'enveloppe

A ce stade, l'ampleur des montants à engager fait débat chez les économistes. « 20 à 30 milliards d'euros, c'est 1 point de PIB, c'est beaucoup », juge Patrick Artus, attentif à l'évolution du déficit public du pays. Par ailleurs, « il n'est pas impossible qu'il vienne se greffer à un reliquat du plan de relance », estime Ludovic Subran.

Pour d'autres, le compte n'y est pas. C'est l'avis par exemple d'Eric Heyer, directeur à l'OFCE, qui plaide en faveur d'un investissement beaucoup plus massif, comparable à celui engagé pour financer les plans d'urgence, soit près de 170 milliards. « Si l'objectif est bien de reconquérir notre souveraineté industrielle, médicale et mener la transformation environnementale et numérique de notre économie, le plan devra être très ambitieux », a-t-il expliqué dans une interview aux « Echos » .

Sans s'engager sur un chiffrage, Elie Cohen considère, lui aussi, que l'enveloppe est sous-dimensionnée s'il s'agit d'un plan franco-français. « En revanche, si ce plan s'inscrit dans un programme européen de 450 milliards d'euros - la France pesant alors pour 15 % dans l'ensemble -, cela fait tout à fait sens », assure-t-il.

Le « prérequis des compétences »

La question de la coordination du plan avec les autres pays européens est de fait sur la table et appelée de ses voeux par Bruno Le Maire. Mais ce chantier s'annonce de longue haleine et compliqué à mettre en oeuvre…

Pour les économistes, investir dans le « capital humain » est, en revanche, un prérequis. « Réindustrialiser le pays suppose pour prérequis d'avoir les compétences », rappelle Patrick Artus. « Il ne serait pas absurde que le plan réarme le budget de la recherche publique », juge Vincent Charlet. La formation, l'enseignement supérieur devront également avoir leur place, selon les experts, tout comme la question de l'éducation « qui devient un enjeu économique », reconnaît l'un d'entre eux.

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